A l’heure des dérégulations à tout-va au nom des « contraintes » imposées par les normes environnementales, certaines décisions nous rappellent qu’il faut en réalité encore se battre pour les faire appliquer…
La présente affaire se déroule sur le lac de Petit Saut, un lac artificiel de 385 km² créé par la construction du barrage de Sinnmary en 1995.

Ce lieu, depuis intouché par les activités humaines néfastes, est devenu un hotspot de biodiversité. On y trouve plusieurs dizaines d’espèces protégées, dont une population d’importance mondiale de Loutre Géante, espèce protégée sur la liste rouge mondiale des espèces en danger d’extinction.
Cette riche biodiversité et l’ambiance particulière créée par les arbres morts immergés en ont également fait un lieu majeur du tourisme écologique en Guyane.
Mais en 2019, la Préfecture de Guyane autorise une société canadienne à extraire du lac les arbres immergés pendant 25 ans, avec des tours de passe-passe impressionnants :
- Sur le plan énergétique : Alors que l’Union européenne a interdit l’approvisionnement des centrales biomasses par la forêt primaire des activités durables, la France a obtenu une dérogation pour les forêts guyanaises… Le bois du lac est donc brûlé avec de beaux labels énergie renouvelable.
- Sur le plan environnemental : Fermant les yeux sur les loutres qui nichent dans les berges et les oiseaux qui vivent dans les arbres immergés, la Préfecture n’a exigé aucune dérogation pour l’atteinte aux espèces protégées !
Après quelques reports, l’activité commence en 2023 et les associations environnementales locales ne peuvent que constater les dégâts sur la biodiversité. Elles décident donc de demander au préfet d’exiger de l’exploitante une dérogation espèces protégées, ce qu’il a bien entendu refusé.
C’est ce refus que vient d’annuler le Tribunal administratif de Guyane, qui a assorti sa décision de deux injonctions au Préfet :
- dans un délai de deux mois, mettre en demeure la société exploitante de déposer une dérogation espèces protégées puis,
- en l’absence de demande dans le délai prévu, suspendre les activités sur le lac.
La motivation de la décision est particulièrement détaillée et argumentée. Elle reprend des éléments techniques et scientifiques soulevés par les parties et ne s’en tient pas aux promesses et mesures d’affichage de la société.
La bataille continue maintenant pour suivre l’exécution de la décision et faire cesser cette atteinte environnementale majeure.
